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ANNE SICCO: NOTES & PARTI-PRIS
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| J’entre dans la matérialité de l’écriture par le corps. C’est toute la singularité je crois de mon travail de dramaturge Le silence qui se fait autour d’un texte est empli de l’activité humaine; vides, blancs, silences sont autant de filtres qui structurent la relation “entre” les mots et entre les êtres et deviennent ainsi la substance même de l'espace scénique, de l’espace de parole; celle qu’on craint comme celle qu’on désire. Dans ces subtils interstices, ces inter-dits, la métamorphose se pose comme le point de départ de mes réflexions sur les mouvements transitoires des formes et des mots, architecture de la phrase, migration des personnages. Anne Sicco Les Fables de La Fontaine ont eu, en leur temps, un vif succès. Avant-gardistes, elles ne se pliaient à aucune des règles de la poétique classique. Bousculant les habitudes littéraires et la doctrine de l'époque, La Fontaine imposait un style qui n’était pas loin d'être condamné par ses pairs. La grande majorité des lecteurs était enchantée par ses écrits. Le siècle suivant prisera les Fables, mais comme des productions d'un genre mineur. Elles commencent d'ailleurs à être récitées dans les classes. Elles continuent de l’être aujourd’hui, pour le meilleur et pour le pire. La compagnie a fait le pari de rendre aux fables de La Fontaine leur puissance poétique et leur force dramatique en les libérant de la forme récitative dans laquelle elles sont enfermées. Car se joue en même temps que le texte et dans le moment de la voix, tout un théâtre de miroirs et de masques qui offre en contrebande des vérités fécondes, toute une gestuelle, tout un langage du corps venu des plus lointains de l’homme. L’animal suit l’homme de près. En gardant une fidélité absolue à la langue aiguisée et ciselée de La Fontaine déjouant censure et pression de l’époque, les comédiens explorent le comportement de l’animal à masque d’homme, guidés par les peintres, les poètes et les caricaturistes. Il s’agit bien de ne pas laisser Walt Disney occuper unilatéralement le terrain. Brouillage des codes. Engagement à la relecture des fables. Voyage dans le temps et dans l’espace. Le spectateur découvre incrusté dans la toile arbres, branches et armures. Le silence emboîte le pas des bêtes et des hommes, à la lisière du miroir verdoyant. Et la flamme de la musique accompagne les fables à la manière des musiciens volants des toiles de Chagall. Construits autour de 9 fables de La Fontaine, initiés par un court texte de Duras sur la mort d’une mouche ordinaire, ces Nouveaux Miroirs suggèrent d'entrée de jeu le principe d’un récit double et s'ancrent dans un fantastique médiéval avec son cortège d’animaux fabuleux et guerriers: loups, ours, lions, cerfs, renards, et son bestiaire populaire et roublard, dindon, fourmi, cigogne, chien, singe et volaille... Le “miroir” dédouble le personnage féminin de la passante en s'inspirant de l'Orlando de Virginia Woolf et de différentes figures androgynes crées par les femmes de lettres dans l'Angleterre victorienne. Au fil de leur lectures les deux héroïnes, par transmigrations, cumulent nombre de vies, muent, changent d'apparence et de sexe, disparaissent au détour d'une page . Les musiques enregistrées puisent dans le répertoire classique et contemporain . La structure scénographique et les constructions métalliques (cadres, treuils, poulies, machines de théâtre) s'inspirent des petites “invenzione” de Léonard de Vinci “. On peut certes lire La Fontaine avec les yeux de Thomas Hobbes dans les lumières noires de sa philosophie, résumée dans la formule célèbre “L’homme est un loup pour l’homme”. Mais Hobbes, philosophe du pessimisme, n’est pas La Fontaine, le poète satirique et légendaire des Fables. Aux leçons terrifiantes du penseur, le fabuliste oppose sa recherche constante d’instruire en amusant, d’éveiller par le rire la conscience des hommes, des plus humbles aux plus éclairés. “Tout parle en mon ouvrage et même les poissons s’adressent à tous les hommes” La Fontaine s’adresse à tous les hommes, aux peuples des villes et des champs comme à ceux des salons de la plus haute culture. Par le plaisir conjoint du parler populaire et d’une ingénieuse construction labyrinthique de la langue en trompe-l’oeil, jouant à la fois sur le clavier de la feinte et sur celui de la couleur, La Fontaine poète avance masqué. |
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